L’affichage environnemental

En quelques mots
L’affichage environnemental est un projet impulsé par le Grenelle de l’environnement en 2007 et repris dans la loi Grenelle 1 en 2009 puis Grenelle 2. En 2010 a été lancée l’idée d’une expérimentation. Basée sur le volontariat, elle est réalisée par le fabricant afin de déterminer l’impact environnemental des produits de grande consommation quel que soit leur mode de distribution. Il n’existe pas de liste de produits et/ou de services spécifiquement concernés. Les champs d’applications sont divers. On retrouve notamment des thématiques telles que l’alimentation, l’hygiène, l’équipement, l’habillement, la fourniture d’énergie ou d’eau, les transports publics…

Les dates clés
Depuis le printemps 2008, des travaux se sont tenus à l’AFNOR, sous la présidence de l’ADEME, pour développer avec les professionnels mais aussi avec la société civile, les méthodologies d’évaluation des impacts environnementaux. De ce fait, le référentiel AFNOR BP X 30-323 est le document cadre qui en établit les principes généraux pour que les entreprises qui souhaitent s’engager le fassent sur la base d’un même socle.
Le texte du Grenelle 2 est un texte d’application des engagements environnementaux pris dans la loi du Grenelle 1, adoptée à la quasi unanimité à l’automne 2008 et portant sur plusieurs thèmes dont les suivants : le bâtiment, le transport, les énergies, et l’alimentation. Ainsi, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, à l’époque Ministre de l’Écologie, a déclaré que : « la forte mobilisation des entreprises est un signal positif, il va nous permettre d’aller plus loin pour que chacun puisse disposer des informations lui permettant de modifier sa consommation ».
Cette motivation d’intégrer le développement durable dans le choix des consommateurs a été confortée par la loi n° 2009-967 du 3 Août 2009 qui énonce dans son article 54 que «les consommateurs doivent pouvoir disposer d’une information environnementale sincère, objective et complète portant sur les caractéristiques globales du couple produit/emballage et se voir proposer des produits respectueux de l’environnement à des prix attractifs. La France soutiendra la reconnaissance de ces mêmes exigences au niveau de l’Union Européenne ».
L’Assemblée a voté le projet de loi Grenelle 2 le 11 Mai 2010.

En Juillet 2011, a été expérimenté en France, l’affichage environnemental.
La plateforme d’expérimentation et les groupes de travail sont ouverts à tous. Cela étant, le projet d’affichage environnemental est basé sur les principes de consultation des parties prenantes, il est donc multi-critères (équivalent carbone, consommation de ressources naturelles, impacts sur les milieux naturels, etc.), multi-produits et multi-supports (étiquette sur le produit, sur internet, application mobile, informations sur le lieu de vente, etc.).
En tout, 168 entreprises de secteurs variés ont été sélectionnées pour participer à la démarche.
Celle-ci a duré une année, et s’est terminée en Juillet 2012. De ce fait, la synthèse de l’expérimentation a été remise au Parlement au début 2013.

Pourquoi ?
L’affichage environnemental a pour fonction de permettre au consommateur d’intégrer des informations concernant les impacts environnementaux générés par un produit et son emballage tout au long de son cycle de vie (l’ACV : Analyse du Cycle de Vie).  Les différents périodes de vie du produit seront analysées : l’extraction des matières premières, la fabrication du produit, son utilisation ainsi que son traitement ou son élimination en fin de vie.
L’affichage sera un critère décisionnel dans l’acte d’achat du consommateur car il pourra aisément comparer les produits et leurs catégories sous l’axe de leurs impacts environnementaux.
Indirectement, l’objectif est également de pousser les produits trop impactants à évoluer ou à disparaître du marché.

Comment ?
Le Grenelle de l’environnement est au cœur de la généralisation de l’affichage environnemental. C’est le Comité opérationnel 23 du Grenelle qui a d’ailleurs proposé que l’ADEME anime une plateforme méthodologique abritée par l’AFNOR. Ensemble, ils seraient alors parés pour élaborer un « Référentiel de bonnes pratiques ».
Cette plateforme est l’organe décisionnaire. Cela signifie qu’elle valide les propositions des groupes de travail. Rappelons que chaque groupe de travail représente un secteur d’activité des produits. L’animation de chaque groupe repose sur un représentant d’un organisme fédérant les industriels composant le groupe et un représentant de l’ADEME. Le premier groupe traite de l’alimentaire et des aliments pour animaux.
L’objectif de chaque groupe de travail est de définir des règles permettant le calcul de l’impact environnemental des produits concernés. Ainsi, leur mission se fait en plusieurs temps :
1. Définition des catégories
2. Unité fonctionnelle
3. Sélection des indicateurs
4. Méthodes de calcul
5. Fin de vie / coproduits
6. Données primaires /données secondaires
7. Validité temporelle et mode de validation

Le groupe de travail sur l’alimentation a réalisé un référentiel transversal pour l’ensemble des produits alimentaires. Se focalisant essentiellement sur les procédés alimentaires. Ce groupe réunit les industriels de l’agroalimentaire. Par ailleurs, les distributeurs pourront également réagir lors de la présentation des travaux.

Ainsi, les différentes étapes dans la création d’un affichage environnemental sont :
1. Identification des attentes des parties prenantes
2. Définition du projet d’affichage
3. Recherche des référentiels et des bonnes pratiques
4. Évaluation des impacts produits via une ACV
5. Création graphique et marketing de l’affichage
6. Évaluation de l’affichage
7. Démarche d’amélioration continue

Les indicateurs à prendre en compte
Chacun des indicateurs ci-dessous est matérialisé par une note allant de A à G. Pour autant, durant la phase d’expérimentation, chaque entreprise reste libre quant à la présentation des résultats, mais doit prendre en compte trois des indicateurs suivants :

Changement climatique : Pour mesurer et comparer les émissions de gaz à effets de serre, on utilise l’équivalent CO2 sur 100 ans. Celui-ci tient compte de leurs impacts (c’est le bilan carbone).
Eutrophisation des eaux : Cela correspond à l’enrichissement excessif du milieu en nutriments, entrainant la prolifération d’espèces envahissantes (algues et autres plantes aquatiques). Le potentiel d’eutrophisation d’eau douce est exprimé en équivalent phosphate (PO4).
Acidification atmosphérique : Il indique la contribution d’une substance à l’acidification de l’atmosphère, à l’origine de pluies acides nuisibles à la faune et la flore. Le potentiel d’acidification d’une substance est exprimé en équivalent SO2.
Eau : Ce critère d’impact correspond à l’analyse de la consommation et de la qualité de l’eau.
Biodiversité : On analyse ici l’impact du produit sur la flore et la faune.
Ressources naturelles : L’objectif ici est d’étudier à quel niveau le produit peut appauvrir les ressources naturelles, et comment il peut être recyclé.

Par ailleurs, l’affichage des caractéristiques environnementales des produits comporte des informations à titre indicatif, sans discrimination. Il ne s’agit pas de discréditer un produit, mais de renseigner le consommateur.

Et en Nord-Pas de Calais ?
De Juillet 2011 à Juillet 2012, 13 entreprises de la région Nord-Pas de Calais (sur 168 au niveau national) ont participé à la phase d’expérimentation officielle de l’affichage des impacts environnementaux de leurs produits de grandes consommations.
Concernant le domaine de l’agroalimentaire, les entreprises participantes ont été les suivantes :

  •     Auchan : Cette enseigne a sélectionné une brique alimentaire en carton, de sa propre marque, pour participer à cette démarche expérimentale. Il s’agit d’une brique de jus multi-fruits d’un litre. Afin de transcrire l’impact environnemental du produit en s’appuyant sur les données les plus exactes possibles, Alliance Carton Nature1 lui a permis d’accéder à un outil d’analyse du cycle de vie. Ce dernier permet entre autre d’obtenir un profil environnemental complet du produit et de son emballage.

Au final, la brique arbore un encart « Ecoscope » dans lequel trois critères ont été pris en compte : l’impact du produit sur le changement climatique (les GES), celui sur l’eutrophisation de l’eau, et celui sur l’acidification du milieu naturel. A chacun de ces critères est associé un pictogramme pour une meilleure lisibilité du consommateur ; les notes obtenues sur la brique sont indiquées sous la forme d’une barre horizontale colorée (vert pour A, orange pour B). Un questionnaire « on-line » a été lancé sur le site internet d’Auchan.

  •    Bonduelle : Cette entreprise a mesuré l’impact d’une boîte de conserve de petits pois extra fins au jus, de format familial (850 ml). Les critères retenus ont été « le climat et l’effet de serre » ainsi que « l’eau ». Le calcul a été conduit par le Centre Technique de la Conserve et des Produits Appertisés, conformément à la méthode du référentiel BP X 30 323. Ainsi ont pu être calculées d’une part, les émissions de gaz à effet de serre, et d’autre part les consommations d’eau. Pour le premier calcul,  le résultat est exprimé en gramme d’équivalent CO2 pour 100 grammes de poids net égoutté. Le résultat a été estimé précis à 15% près, soit un résultat entre 80 et 110 eq CO2/100g poids net égoutté. Malheureusement, concernant le calcul des consommations d’eau, les bases de données publiques nécessaires ne sont pas disponibles et la définition des qualités d’eau impactantes n’était pas connue à la date des travaux pour l’ensemble des étapes du cycle de vie. Toutefois, l’étape de fabrication a pu être quantifiée : 0,9 litres d’eau sont nécessaires pour la fabrication d’une quantité de 100 grammes de poids net égoutté.

Cette entreprise a choisi de communiquer l’affichage environnemental de ses produits sur son site internet afin d’éviter la surcharge d’informations sur l’étiquette.

  •    Les Eaux Minérales de Saint-Amand : L’entreprise a analysé une bouteille en PET d’1,5 l d’eau minérale naturelle plate. Les critères retenus ont été les suivants : l’effet de serre, la consommation d’eau, la consommation de ressources non renouvelables ainsi que la biodiversité (de manière qualitative). Chaque minéralier a calculé les impacts pour sa marque avec ses propres moyens (cabinets de consultants, internet, études, etc.). Les résultats ont ensuite été mis en commun afin de sélectionner une valeur médiane de chacun des indicateurs. La communication des résultats est réalisée sur internet, elle a été développée par la chambre syndicale des eaux minérales naturelles.

La direction régionale de l’ADEME, le Conseil Régional Nord-Pas de Calais, la plateforme [avnir], la CCI de région et le PICOM soutiennent cette démarche et mettent en place une action collective d’information et de sensibilisation des entreprises et du grand public.

Quelques pistes de réflexion
L’affichage environnemental des produits devra être clair et concis, il portera sur trois indicateurs maximum. Il se fera pour le produit mais pas sur le produit, à la différence de l’étiquetage environnemental.
Le format de l’affichage, les valeurs physiques des indicateurs environnementaux retenus devront être accessibles aux consommateurs, les valeurs devront être facilement disponibles (à proximité immédiate ou mise en ligne sur un site internet dont l’adresse serait mentionnée).

Quelques statistiques
72% des français ne se sentent pas suffisamment informés et orientés dans leurs achats et le choix de produits respectueux de l’environnement (sondage CSA-Janvier 2009).

Et l’Europe ?
La Commission Européenne a annoncé en Avril 2013 qu’elle souhaite expérimenter pendant trois ans des méthodologies de calcul de l’empreinte environnementale des produits et organisations. En effet, dans une volonté d’harmoniser les différentes méthodes développées dans les États membres et les acteurs privés, elle a publié deux guides méthodologiques. Ceux-ci fournissent une méthodologie pour réaliser une analyse de cycle de vie multicritère. Des guides spécifiques devront être développés par catégorie de produits.
Un appel à volontaire invitant les parties prenantes à participer ou à conduire le processus d’élaboration des guides spécifiques a été lancé fin 2013 pour une expérimentation en courant d’année 2014. Pour de plus amples informations, n’hésitez pas à consulter les pages de la Commission Européenne ».

1Alliance Carton Nature (ACN) : « une association française qui réunit les fabricants de briques alimentaires avec pour objectif de développer le recyclage de la brique et de promouvoir ses avantages environnementaux ». (Source : Wikipédia)

Actualisé le 16/04/2013

Sources

Recherches web :

ADEME, Guide de lecture de l’annexe méthodologique, Septembre 2011 http://www2.ademe.fr/servlet/KBaseShow?sort=-1&cid=96&m=3&catid=23735

APESA, L’affichage environnemental des produits de grande consommation, Février 2012
http://www.apesa.fr/iso_album/dossier_thematique_affichage_environnemental.pdf

Avnir, L’expérimentation de l’affichage environnemental des produits de grande consommation est en marche dans la région, 2010
http://www.avnir.org/FR/Affichage-Environnemental-164.html

Avnir, L’affichage environnemental… bien plus qu’une simple étiquette!, Mars 2012
http://fr.scribd.com/doc/86549155/Guide-Pratique-affichage-Environnemental

Bonduelle, L’affichage environnemental
http://www.bonduelle.com/fr/developpement-durable/engagement-environnemental.html#axzz26iZhYKRV

Commissariat général au développement durable, Etudes et documents : vers un affichage environnement sur les produits alimentaires, n°64, Janvier 2012
http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/ED64.pdf

David, Cdurable.info, Affichage environnemental : une phase expérimentale… en attendant plus, 9 Mars 2011
http://cdurable.info/Affichage-environnemental-phase-experimentale-Liste-des-entreprises-participantes,3313.html

ED, Auchan affiche son affichage environnemental avec une brique de jus de fruit à sa marque, 25 Janvier 2012
http://www.emballagedigest.fr/blog.php?2012/01/25/13724-auchan-affiche-son-affichage-environnemental-avec-une-brique-de-jus-de-fruit-a-sa-marque

Environnement-France, Mise en place de l’affichage environnemental : test grandeur nature à partir du 1er juillet 2011, 10 Mars 2011
http://www.environnement-france.fr/0310-mise-place-affichage-environnemental-test-juillet-2011

Gouesset Catherine et Pinault Cécile, Grenelle 2 : ce que l’Assemblée a décidé, L’Express, 11 Mai 2010
http://www.lexpress.fr/actualite/environnement/grenelle-2-ce-que-l-assemblee-a-decide_889340.html

INRA, Affichage environnemental des produits alimentaires, quelles questions, quels impacts?, 2 Mars 2012
https://www.inra.fr/la_science_et_vous/rencontrer_l_inra/les_manifestations/25_fevrier_4_mars_salon_international_de_l_agriculture

Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable, et de l’Energie, Expérimentation nationale d’affichage des caractéristiques environnementales des produits, Cahier des charges des opérations participant à l’expérimentation nationale, 15 Novembre 2011
http://www.developpement-durable.gouv.fr/Cahier-des-charges.html

Notre-planète.info, Connaître l’impact environnemental des produits de grande consommation, 13 Octobre 2011
http://www.notre-planete.info/actualites/actu_2975_affichage_environnemental.php

Senet Stéphanie, Alimentation, l’affichage environnemental se fait attendre, Journal de l’environnement, 5 Mars 2012
http://www.journaldelenvironnement.net/article/alimentation-l-affichage-environnemental-se-fait-attendre,27862


 
 
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